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Comment vous situez-vous politiquement ?

L’alliance Royale se prononce-t-elle pour un héritier de la couronne de France ?

Non, nous estimons que ce sont de telles divisions qui ont maintenu les royalistes dans l’inexistence politique malgré une forte sympathie de beaucoup de nos concitoyens. Nous proposons donc un parti unitaire, réunissant tous les royalistes, et tous les Français fidèles à leur Histoire. Le choix dynastique se réglera le moment venu.

Quel type de monarchie proposez-vous ?

Refusant l’idée d’une république couronnée, nous proposons une monarchie institutionnelle, basée sur des principes dépassant la volonté même du roi, une monarchie fondée à la fois sur un domaine régalien et sur un système d’assemblées, qui respecte la famille et les particularités de chacun. Une monarchie " à la française ", c’est-à-dire un peu différente de ce que nous connaissons autour de nous. Mais une monarchie adaptée à notre époque. Il serait vain d’ailleurs de s’accrocher à des visions passéistes de la prérogative royale, qui ne correspondraient pas à nos mentalités et donc conduiraient la monarchie à l’échec. Ce que nous attendons du roi, c’est avant tout la justice et la paix. Il garantit la cohésion du corps social et l’indépendance de la justice. Par exemple, il lui revient de nommer lui-même le Garde des Sceaux, qui devient indépendant du gouvernement et sort du manège des partis. Il garantit également la souveraineté nationale, ne serait-ce qu’en incarnant cette souveraineté, ce qui permet d’autant mieux à la France de rester elle-même dans les alliances ou les organisations supranationales. Pour le reste, ce qui concerne la cité, son gouvernement, sa gestion, les moyens que nous connaissons aujourd’hui peuvent très bien être conservés, ou plutôt améliorés, afin d’obtenir un mode de représentation sincère du peuple au sein des organismes délibérants. A cet égard, il faut absolument étendre la représentation nationale à toutes les couches de la société, et non plus laisser quelques oligarchies et des organisations idéologiques confisquer la vie politique, ce qui est malsain et explique en grande partie le divorce entre les Français et leurs élites.

Est-ce une monarchie constitutionnelle ? parlementaire ? absolue ?

Ne nous laissons pas tromper par les termes.

  • Constitutionnelle ? S’il s’agit d’une monarchie dotée d’une constitution, alors il n’y a pas de problème. Mais s’il s’agit d’une monarchie dont le Roi tient son pouvoir d’une constitution, alors là, les ennuis commencent. Pour nous, l’institution royale dépasse la constitution.
  • Parlementaire ? C’est le même clivage. Il est indispensable de doter la monarchie d’une institution parlementaire, mais celle-ci ne doit pas pour autant contraindre le Roi.
  • Absolue ? Dans le sens de délié des factions, oui, bien sûr, mais personne n’entend plus ainsi aujourd’hui le terme « absolu ». S’il s’agit d’une monarchie totalitaire, alors nous sommes tranquille : jamais la monarchie française n’a été aussi totalitaire que le République.

Qu’est-ce que vous appelez une monarchie institutionnelle ?

Cela part de l’observation que tout régime fondé uniquement sur la qualité des hommes est instable. En monarchie, ce ne sont pas les personnes, mais les institutions qui sont vertueuses. La monarchie n’est pas un régime personnel, ce qui supposerait des hommes exceptionnels. La monarchie n’est pas non plus un régime des partis, ce qui rendrait inutile toute vertu personnelle. Voilà pourquoi la monarchie est un régime institutionnel.

Les monarchies européennes ne sont-elles pas fantoches ?

Certainement pas. Les souverains européens sont perçus dans leur pays comme le ciment de leur nation, et c’est d’ailleurs ce qui leur vaut l’hostilité de certains séparatistes, comme les chez les Flamands belges ou les Basques espagnols. Les monarchies européennes sont essentielles. C’est Juan Carlos qui a empêché l’Espagne de replonger dans la dictature après la mort de Franco. C’est la couronne britannique qui fait indéniablement la force de cette nation. Si la Belgique existe encore, c’est bien grâce au Roi. Et demandez à un Norvégien si la monarchie est une option ! Sans parler des principautés de Monaco et du Lichtenstein ou du Grand Duché de Luxembourg qui n’envisagent pas une seconde autre chose que leur monarchie. Grâce à Dieu, il y a de nombreuses monarchies, et cela évite au jacobinisme de se répandre en Europe.

Bien sûr, les monarques européens sont limités dans leurs prérogatives. Contrairement à ce que certains peuvent dire, cela ne vient pas de la personnalité des princes. Dans certains cas, cela peut venir de la forme de ces monarchies, plus ou moins limitées par des constitutions qui se sont imposées à elles (certains emploient le terme de républiques couronnées, mais c’est abusif). La manque d’efficacité des pouvoirs européennes tient surtout du fait qu’il y a, dans ces pays, le même mal qui ronge la société : massification, individualisme, pertes de repère, etc. Il y a des régimes de partis idéologiques avec qui les monarques doivent composer. Cela ne durera pas. Mais la où, dans une monarchie, l’effondrement de ce système de non-valeurs s’effectuera dans le calme, il prendra dans une République des proportions dramatiques : régimes policiers, conflits ouverts…à moins que les royalistes soient là pour faire entendre leur voix.

Quel sera la place de l’aristocratie ?

Nous reconnaissons l’apport de l’aristocratie dans l’histoire de France et celle de nos rois. Mais nous n’oublions pas que l’aristocratie est liée en France à la féodalité, modèle qui a cessé d’être. Le modèle que nous proposons aujourd’hui distingue d’une part la démocratie équitable (c’est-à-dire celle des corps sociaux équitablement représentés dans le domaine de la politique publique), et la fonction régalienne (c’est-à-dire la fonction royale chargé de la préservation des intérêts fondamentaux de la Nation). Dans ce cadre là, l’aristocratie n’a pas vocation à prendre une place particulière. Nous reconnaissons également la qualité des personnes issues de l’aristocratie, encore aujourd’hui. Elles ont su, pour certaines, conserver et transmettre une âme. Mais nous constatons que d’autres personnes ont émergé en deux cents ans. Vis à vis d’eux, l’aristocratie n’a pas de raisons de s’imposer. Il n’y a donc pas de raison qu’un retour monarchique réserve un traitement particulier pour ce que vous appeler ses "précepteurs", si ce n’est pour leur rendre justice dans un devoir de mémoire. En revanche, et c’est fondamental, l’exemple de l’aristocratie d’hier pose aujourd’hui la question de la reconnaissance des services rendus à la Nation. Faut-il une ou plusieurs institutions ? Quels en seraient les principes ? Dans ce domaine comme dans tant d’autres, tout est à refaire.

Quelle est votre position sur l’Europe ?

La France partage avec l’Europe une communauté de civilisation de par son héritage historique, culturel, spirituel, et parce qu’elle appartient au même ensemble géostratégique. L’Alliance Royale est donc favorable a toutes sortes de coopérations, partenariats ou alliances européens : militaires, monétaires, industriels, etc. Mais ces engagements doivent être raisonnablement réversibles, pour préserver la liberté d’action de notre pays. Ils ne doivent pas, en outre, entraver d’autres engagements, en particulier vis à vis des Etats-Unis et de l’Afrique. Ils doivent enfin préserver nos capacités nucléaires et notre ouverture maritime et outre-mer. Ainsi l’Alliance Royale est loin de souhaiter un renfermement de la France sur elle-même, mais au contraire une large ouverture, rendue possible sans risque de dilution ou d’éclatement par l’ancrage de son identité dans l’institution monarchique. En effet, une France royale, donc souveraine, peut gérer avantageusement ses dépendances. En revanche, l’Europe n’est pas une patrie. L’idée contraire procède d’un universalisme naïf ou de pures spéculations intellectuelles. L’Union européenne n’est d’ailleurs fondée que sur l’économie et l’idéologie. L’Alliance Royale est française et profondément patriote.

Etes vous maurrassiens

Maurras a indéniablement apporté sa contribution à la pensée royaliste. Cependant l’Alliance royale n’est pas une école de pensée, et, à ce titre, n’est disciple d’aucun maître. Notre vocation est de proposer au plus grand nombre l’idée monarchique, en privilégiant le débat sur les institutions. Nous voulons donc combiner l’héritage de la pensée monarchique avec d’autres réflexions politiques et la confronter aux contraintes de ce temps pour offrir une perspective royale aux Français d’aujourd’hui. Nous voulons la leur communiquer par la participation aux élections, seule voie ouverte pour toucher l’opinion. Bien entendu, toutes les écoles de pensée sont les bienvenues pour travailler dans ce sens avec nous.

Où vous positionnez-vous sur l’échiquier politique ?

La république, avec son clivage droite-gauche hérité de la Révolution, nous classe historiquement à droite, pour des raisons institutionnelles. Mais en tant que parti royaliste, nous sommes au dessus de ce clivage. Nous sommes de France. D’ailleurs, notre projet de monarchie institutionnelle fait converger vers nous des hommes et des femmes aux diverses sensibilités qui nous enrichissent.

N’y a-t-il pas une incohérence à vouloir se présenter aux élections, pour un parti royaliste ?

Non. Bien sûr, nous ne voulons pas soumettre le roi aux urnes ; il ne serait alors qu’un prétendant, qu’un candidat. Nous nous présentons aux élections pour entrer concrètement dans le paysage politico-médiatique, et soumettre à nos concitoyens nos propositions politiques concrètes. De plus, nous sommes favorables au principe des élections, tant qu’on ne lui fait pas dire n’importe quoi.

Pourquoi n’êtes vous pas plus visibles ?

C’est justement parce que les royalistes ne sont pas visibles que nous nous présentons aux élections. Il faut prendre les choses dans ce sens : ce sont les élections qui nous feront connaître du grand public. C’est même la seule possibilité puisqu’il est quasiment impossible de parler dans les médias si ce n’est à l’occasion des élections.