Salle comble, auteur éblouissant d’érudition et d’humour :
Près de 80 personnes sous le charme de Denis Tillinac
Tillinac, c’est un ton, plus encore, une liberté de ton et d’esprit, une respiration autant qu’une satisfaction, biens précieux à l’heure où le politiquement correct livre avec sa brutalité habituelle son prêt-à-penser. Pour les Alsaciens qui auraient encore quelques doutes sur le talent et le courage de ce rebelle qui dérange, la preuve a été faite vendredi dernier
Ce réactionnaire par nécessité a cela de commun avec Saint-Exupéry qu’il hait son époque ; il la décrit avec férocité mais avec une lucidité presque effrayante. Sa conférence a été un redoutable et formidable raccourci de ses talents, de ses parcours et de son œuvre : celle d’un hussard qui « scribouille [ses] états d’âme ».
En observateur acéré de la comédie contemporaine,Tillinac nous a livré, avec une certaine ironie jubilatoire, ses colères et ses coups de gueule, ses espoirs et ses désespoirs. Plein de verve, rehaussée par un humour corrosif, ce Corrézien et Bourbonnais de souche – mais parisien de naissance –, passionné de rugby, n’est jamais aussi à l’aise pour dénoncer la modernité, le culte de l’éphémère, les ravages de Mai 68
Avec une rare force, il nous a présenté ses « patries » : politique (« la France de De Gaulle »), spirituelle (« le catholicisme »), c’est-à-dire la « France des pieux, des preux et des gueux ». Tout cela n’a qu’un but : porter haut les couleurs de la France
Il s’insurge contre le moralisme incantatoire de la gauche (« À gauche, la défense des opprimés, la levée des tabous, le sel de la liberté. À droite, les nantis obtus, puritains, répressifs, poujadistes, xénophobes... »), vitupère sur ce qu’elle a produit (« Il faut mettre le sexa bobo à la retraite et balancer, pour paraphraser Trotski, ses “idées” dans les poubelles de l’Histoire ») et ses folies pédagogiques (« Avec des intentions peut-être louables, mais entachées d’une candeur infantile, on a fabriqué en série des êtres mentalement amorphes, moralement atrophiés, intellectuellement stériles et psychiquement fragiles, tout juste capables de gober les flux d’images de la télé »).
Sur l’Histoire, ou plutôt sur l’usage qu’on en fait, il ne supporte pas la repentance à tout crin, ce qu’il appelle le délire mémoriel (« Je ne prône pas le devoir d’oubli ; je préconise simplement un peu d’humilité... Les capacités d’indignation seraient moins dilapidées si on dénonçait les crimes contemporains plutôt que de s’obnubiler sur ceux de jadis ou de naguère. »). Il dénonce encore notre aveuglement, notre peur à lever des tabous (« sur la vindicte antifrançaise ; sur les salafistes qui prêchent la haine de l’Occident ; sur la polygamie... »), tout comme il n’accepte pas la faiblesse des politiques et l’abandon de la famille.
Tout cela n’a qu’un but, qu’un espoir : porter haut les couleurs de la France, sa langue, son histoire, avec comme fondement les racines chrétiennes (« si décriées par les intégristes de la laïcité, elles sont encore profondes. »).
Un pur moment de bonheur !.